Tous coupables !

Tous coupables ?

Tous pédophiles ? (Ouvrage d'Elsa Guiol, Editions de La Martinière)

On peut toujours s’accommoder avec la logique, et certains puisent dans le retournement d’un raisonnement une désarmante tactique de défense. Extrait du Trésor des Paradoxes, voici un exemple historique, lors du procès de Nuremberg où un accusé de crimes contre l’humanité s’efforça de démontrer, contre toute évidence, que les griefs des Alliés contre Hitler étaient moindres que ceux des nazis ! « Vous qui nous accusez et n’attendiez rien de bon d’Hitler, expliqua-t-il, vous êtes effondrés par l’horreur des événements. Comprenez alors l’indignation de tous ceux qui attendaient au contraire, comme moi, quelque chose de bon du Führer, mais furent ensuite déçus ou trahis ! » Ces retournements d’évidence sont monnaie courante en matière de justice. Comme le prouve, tirée de l’ouvrage de René Floriot, Les Erreurs judiciaires (Flammarion, 1968) cette « panoplie » de raisonnements contradictoires où l’on peut toujours puiser de quoi condamner un homme suspecté de commerce sexuel avec une mineure : « Si l’homme est jeune, on alléguera la vigueur de son tempérament, s’il l’est moins, on l’accusera d’avoir cédé au démon de midi. S’il est connu pour ses aventures galantes, on dira que ce débauché recherchait le fruit vert, et si, au contraire, sa chasteté est exemplaire, on soulignera que le refoulement est à l’origine de son acte criminel. » Jeunes ou vieux, noceurs ou chastes… tous pédophiles, tous coupables !

Césure implicite

Il arrive que la compréhension d’un message puisse se révéler ou non paradoxale, simplement en fonction de la ponctuation (que Charles de Gaulle comparait à la « respiration »).

Exemple dans une annonce entendue dans une gare parisienne : « En raison des travaux dans la nuit du 19 au 23 avril, nous vous informons que la circulation des trains… » On ne prête même plus attention à la fin de ce message, car une nuit durant plusieurs… jours (« du 19 au 23 avril ») ne manque pas d’interloquer l’auditeur ! Tout s’explique, quand on comprend que ce message surprenant comporte en fait cette scansion implicite, marquée par une virgule supplémentaire entre les mots « nuit » et « du » : « En raison des travaux dans la nuit, du 19 au 23 avril, nous vous informons que la circulation des trains… » Plusieurs nuits consécutives sont concernées par ces travaux, et le message ne comporte donc aucun paradoxe sur la durée insolite d’une nuit !

SNCF

Logo de la SNCF