Les Sages censurent une loi

Conseil Constitutionnel Pour la première fois, saisis directement par des justiciables, les Sages du Conseil Constitutionnel ont déclaré non conforme une loi en vigueur depuis longtemps. Cette censure législative résulte de l’application de leur nouveau droit de censure, conformément à la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008. En l’occurrence, on est tenté de dire « ce n’est que justice », car l’inégalité des pensions entre les anciens combattants français et les anciens combattants étrangers (ayant servi dans l’armée française) devra désormais disparaître. Mais plusieurs de ces Sages (tels Valéry Giscard d’Estaing, Jean-Louis Debré, Jacques Chirac, Michel Charasse, Jacques Barrot) ont exercé auparavant des fonctions parlementaires ou furent des membres éminents du gouvernement, et même tout au sommet de l’état pour deux d’entre eux. Comment n’ont-ils donc pas réagi plus tôt contre l’inconstitutionnalité de cette loi qu’ils viennent ainsi de censurer ? Comment ont-ils pu défendre hier un texte qu’ils n’hésitent pas à dénoncer aujourd’hui ? Comme je le dis toujours, sans jamais en démordre : « seuls les imbéciles ne changent pas d’avis ! » 

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Bon = Mauvais

Benoît Poelvoorde 

Certains thèmes restent des années dans un carnet ou sur une feuille, oubliés puis retrouvés. Comme ce commentaire griffonné en 2005, à la sortie du film d’Édouard Baer,  Akoibon, avec Benoît Poelvoorde : imaginons qu’on demande à un acteur de tenir le rôle d’un mauvais acteur ; pour être bon, à la hauteur du rôle, il devra donc se montrer mauvais ! C’est la situation paradoxale que dut négocier Benoît Poelvoorde dans ce film avec mise en abîme, d’où cette réflexion de l’intéressé, à ne pas prendre évidemment au premier degré : " Ma capacité à être mauvais me sidère ! " Nuance, Benoît : tu es plus que mauvais, tu es génial !

Les lunes de Mars

L'analogie

Extrait du Trésor des paradoxes, cet exemple d’un raisonnement fantaisiste conduisant à une conclusion erronée, mais… exacte! Apprenant en 1610 que Galilée vient de découvrir quatre lunes autour de Jupiter avec sa lunette astronomique, Kepler raisonne par analogie et en conclut aussitôt (bien que nul ne les ait encore observées) que Mars doit avoir deux lunes. Comme Vénus a zéro lune, la Terre une seule lune, et Jupiter quatre lunes (valeur inférieure à la réalité, comme les sondes spatiales l’ont montré depuis), Kepler estime qu’il faut interpoler cette série numérique. Il affirme donc que Mars doit « logiquement » avoir deux lunes. Revenant à assimiler le Système solaire à une table de multiplication, ce raisonnement n’a évidemment aucune justification scientifique ! D’autant plus qu’une information initiale, le nombre de lunes de Jupiter, était fausse. Mais précisément, en appliquant ce faux raisonnement à cette fausse donnée, la conjonction des erreurs donnait, par hasard, un résultat juste… car Mars a réellement deux lunes !… On s’acharna à rechercher ces lunes de Mars pour vérifier l’hypothèse de Kepler, relayé par plusieurs auteurs « prophétiques », comme Jonathan Swift (à propos de son île volante de Laputa) et Voltaire qui, sans citer Kepler, reprend dans Micromegas son « vrai-faux » raisonnement analogique : « En sortant de Jupiter, ils traversèrent un espace d’environ cent millions de lieues, et ils côtoyèrent la planète de Mars, qui, comme on sait, est cinq fois plus petite que notre petit globe ; ils virent deux lunes qui servent à cette planète, et qui ont échappé aux regards de nos astronomes ». En 1877, Asaph Hall découvre enfin au télescope les deux satellites martiens, Phobos et Deimos : confirmation qu’une hypothèse erronée peut stimuler une recherche fructueuse ! Si l’ombre de Képler plane ainsi sur les lunes de Mars, sa relation au raisonnement analogique demeure trouble, y recourant souvent, mais reprochant aussi aux alchimistes leur « complaisance dans l’usage poétique et rhétorique de métaphores. » Comme le rappellent Dedre Gentner et Benjamin D Jee dans le n° 215 de la revue Sciences Humaines (dans leur article Du bon usage de la pensée analogique), Kepler voyait dans l’analogie la graine d’une recherche : « L’analogie montre, et la géométrie confirme. » Mais paradoxalement, Kepler a cru aux deux lunes martiennes sans attendre cette « confirmation de la géométrie. » En l’espèce, l’analogie lui suffisait !