De l’importance des mots

Affiche Marine Le Pen

Le visage d’une droite “extrême” ou d’une droite “lointaine”?

Une raison du rejet de certains pour les partis « d’extrême droite » et « d’extrême gauche » (allant jusqu’à la diabolisation de leurs dirigeants ou même des candidats dits modérés recherchant leurs suffrages au second tour), c’est précisément le mot « extrême. » Écoutant les informations sur la BBC, je découvre ainsi que Marine Le Pen est présentée en anglais comme « The Far Right leader. » Il me paraît évident que si cette appellation « Far » (lointain) supplantait en français le terme « extrême », cela contribuerait à atténuer le sentiment de peur et de rejet suscité par son parti auprès de certains électeurs. « Far » évoque immédiatement le « Far West », sonne avec une connotation positive de « pionnier », de « nouveau monde » (où tout semble possible), d’« ouverture », alors que l’adjectif « extrême » est associé au contraire à une image de « sectarisme », de « fermeture », de « repli identitaire. » Bref, si j’étais leader d’un parti situé à « l’extrême » de l’échiquier politique, je militerais pour être requalifié de « lointain » plutôt que « d’extrême » : le Front National deviendrait ainsi la « Droite Lointaine » et le NPA la « Gauche Lointaine. » Inconvénient : le mot « lointain » semble signifier que l’accession au pouvoir est précisément éloignée, mais paradoxalement cette impression suggèrerait aux électeurs l’absence d’intérêt à voter pour ces partis, par définition « loin » du pouvoir !

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La tentation du mal (e) par elle-même !

Robert d’Arbrissel (Fresque d'Alphonse Le Henaff, vers 1871)_illustration Wikipédia
Dénichée dans le tome 4 de La Comédie humaine de Balzac (Classiques Garnier, pour Le Monde), cette note de l’éditeur à propos du moine Robert d’Arbrissel (1047-1117), célèbre pour avoir combattu la tentation de la chair… par la tentation de la chair ! Fondateur de l’abbaye de Fontevraud, ce grand prédicateur « enseignait particulièrement la chasteté, et pour vaincre la chair, il partageait le lit des religieuses, se glorifiant des victoires qu’en cette situation il remportait contre le démon ».
Geoffroy, abbé de la Trinité de Vendôme, écrivait d’ailleurs à Robert d’Arbrissel : « Tu crois dignement porter la croix de Notre-Seigneur et Sauveur en t’efforçant d’éteindre l’ardeur de la chair, à grand tort allumée. (…) Tu te crucifies dans leur lit par un nouveau martyre. » L’historien Jacques Dalarun commente cette ascèse : « Transmuer la passion de la chair en la Passion du Christ. »
Les mauvais esprits rapprocheront cette situation de l’aphorisme d’Oscar Wilde : « La meilleure façon de résister à une tentation, c’est d’y céder ! »

Dialogue de sourds

Isoloir (image du site jm-bruneau.fr)

Le premier tour de l’élection présidentielle française de 2012 est donc imminent. Sauf pour quelques irréductibles (Gaulois): le cercle des abstentionnistes. Les premiers à ne pas voter, ils ne sont pourtant pas les derniers à se plaindre, ensuite, que ceci ou cela ne fonctionne pas bien dans le pays ! J’associe cette attitude paradoxale du « parti des abstentionnistes » à cette histoire classique impliquant ceux auxquels on les assimile traditionnellement : le clan des « pêcheurs à la ligne », préférant consacrer un beau dimanche de printemps à leur chère passion, plutôt qu’à se bousculer dans les isoloirs ! C’est donc l’histoire de deux abstentionnistes qui se rencontrent :
–Où vas-tu de ce pas, Nicolas ?
–Je vais à la pêche, François !
–Ah bon, je croyais que tu allais à la pêche !
–Mais non, je vais à la pêche !
(Tout rapport avec des protagonistes célèbres serait purement fortuit.)

Mme la Présidente, Mme la Princesse !

Affiche composite, Eva Joly, Marine Le Pen & Nathalie Arthaud

En ces temps de campagne électorale sur fond de morosité économique, le terme « crise » est évoqué –hélas– bien plus souvent que le mot « rêve. » Pourtant, quel meilleur aiguillon que le rêve pour le moral des troupes ? Les « boys » de la 2nde Guerre Mondiale avaient bien des images de pin-up dans la tête, et non les graphiques de la baisse à Wall Street ! Et les paparazzi ne s’y trompent pas : ils traquent les (dernières ?) princesses, mais pas les (dernièr(e)s !) « travailleuses-travailleurs » allant pointer dans les (dernières !) usines non (encore ?) délocalisées ! Bref (parole de psychiatre), il nous manque à l’évidence un parfum de rêve, comme dans cette pub de Jean-Paul Goude vantant jadis « quelques grammes de finesse dans un monde de brutes ! »
Rendez-nous donc des Princesses ! Si la perspective d’une restauration monarchique en France semble faible pour l’heure (bien qu’on ne puisse jamais jurer de rien en Histoire : qui aurait ainsi parié un seul kopeck, au temps de la gérontocratie soviétique, sur l’avènement ultérieur d’une économie de marché en Russie ?), les institutions actuelles permettent, d’ores et déjà, le retour d’une Princesse en France ! Il faut pour cela élire une Présidente de la République, laquelle deviendra automatiquement, du même coup, la coprincesse d’Andorre ! Il est vrai qu’avec un scrutin admettant seulement 3 femmes versus 7 hommes, dans cette élection présidentielle française de 2012, la parité ne trouve pas encore son compte ! Eva, Marine ou Nathalie ? Glamour ou pas, sexy ou pas, l’une d’entre vous deviendra-t-elle enfin une (co)Princesse ? Comme le chantait Michel Sardou dans Être une femme, imaginons que l’une d’entre vous parvienne à
« Maîtriser à fond le système,
Accéder au pouvoir suprême :
S’installer à la Présidence
Et de là faire bander la France ! »

Capture d'écran YouTube (clip par Soraya, Perrine et Marion)

 La chanson de Michel Sardou, mimée par Soraya, Perrine et Marion

Quand la Justice déraille, la Présidence défaille…

Capture d'écran de la page Facebook du site officiel de l'Elysée

Justiciables, mes pairs, ne comptons jamais sur le Président de la République ! Comme j’en ai fait personnellement la douloureuse expérience, quand vous écrivez au Chef de l’État pour protester contre un dysfonctionnement judiciaire qui vous frappe et solliciter son intervention bienveillante pour le corriger, un membre de son cabinet se fend généralement d’une lettre-type où il compatit certes à vos tourments, vous assure de la considération du Président, mais vous adresse en fait une fin de non recevoir, en vous rappelant le sacro-saint « principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs » : en aucun cas –gage du fondement démocratique des institutions– le Chef de l’État ne saurait intervenir dans une affaire relevant des compétences de la (seule) Justice ! Fort bien. Sauf que, rappelle par exemple le site Media-s.fr (avril 2012), le Président de la République « est à la fois le détenteur du pouvoir exécutif, le chef des armées françaises, et le plus haut magistrat de France. » Un « magistrat » (le plus haut !) sans implication décisive dans le fonctionnement de la Justice !

Talmud, mamelle et paradoxe

Mamelle de vache (Source_www.fr.clipproject.info)

Sous le jeu de mots « Quand le pis n’est pas toujours certain », l’émission Judaïca (avec Josy Eisenberg et Daniel Epstein, France 2, 15-04-2012) expose une situation insolite, survenue lors de l’Exil en Babylonie, dans l’Antiquité. Pour se conformer aux injonctions de la Halakha, les Juifs pratiquants ne devaient pas manger simultanément de la viande et du lait. D’ordinaire, il leur était aisé de séparer ces aliments, mais la situation se corsait avec la mamelle de vache (autrefois prisée) car elle comportait à l’évidence à la fois de la viande et des traces de lait ! Comme dans tout dilemme reposant sur une collusion des contraires, le sens commun perdait ainsi de sa clarté : avec quelle interprétation de la règle fallait-il s’accorder ? Celle de Soura interdisant la consommation du pis ? Ou celle de Poumbedita qui autorisait au contraire cette pratique alimentaire ? Ces exégèses contradictoires devaient conférer à cette affaire (débattue lors du procès d’un rabbin, pionnier de l’actuel mouvement déchétarien, puisqu’il mangea des pis qu’il avait ramassés dans une poubelle) un incontestable parfum (lacté) de paradoxe… juridique, car à chaque argutie du tribunal religieux qui l’accusait, ce rabbin opposait un contre-argument, du type « J’ai enfreint la loi de votre ville, mais je me trouvais alors hors des murs de votre juridiction ! », « Je n’ai pas de talith (châle de prière), car je suis trop pauvre et ne dispose que de vêtements empruntés », etc. 

Ne Votez pas pour moi !

Ne Votez pas pour moi !

Victor Edmond Vital Régnier (illustration tirée d'un ouvrage de cet auteur, publié en 1870)

En cette période électorale où les candidats multiplient les arguments pour séduire les électeurs, il est intéressant de relire l’histoire de L’extravagant Mr Régnier, contée par Alain Decaux (in Alain Decaux raconte, Perrin, 1978). Inconnu en politique, ce déroutant personnage (un « Français moyen mêlé à une folle aventure ») s’efforça pourtant de sauver l’Empire de Napoléon III, après la défaite de Sedan, sans aucune autre recommandation que la sienne ! Lors d’une rencontre avec Bismarck, il parvint même à le persuader qu’il était un émissaire de l’impératrice Eugénie, alors réfugiée en Angleterre !… Après ces vains efforts pour rétablir l’Empire, Victor Edmond Vital Régnier se présente pourtant aux élections législatives de février 1871, sous l’étiquette « républicain. » Et devient ainsi l’incarnation du paradoxe politique puisque, précise Alain Decaux, « il n’obtiendra pas une seule voix au scrutin, même pas la sienne ! »