La fourgale et la cimi

moipresidentDessin de Frédéric Deligne:http://deligne.com/

Le système politique actuel (on l’on doit choisir entre deux candidats pour en éliminer un) présente les mêmes inconvénients que la classique pensée binaire où c’est « soit vrai soit faux », alors que l’univers est en réalité plus complexe, et comporte des états intermédiaires. C’est même l’apport essentiel de l’étude des paradoxes : les choses peuvent être soit vraies, soit fausses, soit « ni vraies ni fausses », c’est-à-dire « tierces » ou paradoxales. Par exemple, la propriété d’un ensemble affirmant que le tout est forcément plus grand que ses parties est évidemment toujours vraie… sauf quand elle est fausse ! Ainsi, l’ensemble des nombres entiers contient bien sûr davantage d’éléments que celui des nombres premiers, pourtant ce second ensemble (sous-ensemble du premier) contient lui aussi un nombre infini d’éléments et ne peut donc pas être qualifié de « plus petit » que l’ensemble des entiers ! De la même façon, on peut penser que chacun des deux derniers prétendants à l’Élysée détenait une part de vérité, et que le meilleur système eût été une sorte de duumvirat associant ces deux personnalités politiques au lieu d’exclure complètement le candidat arrivé second. En tout cas, il est évident que la ligne de partage économique la plus nette entre Nicolas Sarkozy et François Hollande constitue un terrible piège binaire conduisant l’une et l’autre de leurs politiques à l’échec programmé, si elles doivent être menées en ignorant superbement les arguments de l’autre camp : l’ancien président préconisait en effet de poursuivre courageusement les efforts de rigueur et d’apurement (asymptotique…) de la dette colossale du pays, et le nouveau président ne parle que de croissance et de relance de l’activité. En réalité, tous deux ont simultanément raison : la poursuite de l’endettement (dénoncée par N. Sarkozy) est une folie économique, au même titre que l’absence prolongée de croissance (vilipendée par F. Hollande). Le danger serait de suivre exclusivement une seule ligne de conduite (s’attaquer uniquement à l’endettement ou à la récession), sans s’autoriser (pour des considérations idéologiques ou électoralistes) des incursions opportunes dans la politique du camp « adverse » (en réalité, un associé indispensable). Ces réflexions sont probablement partagées par le dessinateur Frédéric Deligne qui donne dans le quotidien Metro (23 mai 2012) un dessin humoristique en forme d’injonction paradoxale où un expert en économie ordonne aux consommateurs de se comporter en somme à moitié comme des fourmis, et à moitié comme des cigales : « Continuez à économiser comme des fourmis, tout en consommant comme des cigales ! »

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