Fatale protection

Mosaïque d'Acheloos à Zeugma Mosaïque à Zeugma
« Garantissez-moi de mes amis, écrivait Gourville, proscrit et fugitif, je saurai bien me défendre de mes ennemis » rappelle Sénac de Meilhan, au dix-huitième siècle. Prêtée aussi à Voltaire, cette formule remonterait en fait au maréchal de Villars qui se serait écrié en 1709, au moment de recevoir le commandement de l’armée des Flandres : « Dieu me garde de mes amis ! Quant à mes ennemis, je m’en charge ». Ce paradoxe de l’action « amicale » nuisible trouve un nouvel avatar dans l’article de Christophe Migeon (Les Cahiers de Science et Vie, Juillet 2012) sur la destruction par surprotection des peintures et mosaïques découvertes en 1995 dans la cité de Zeugma, en Turquie : « L’échec de la conservation illustre de façon cruelle l’inanité de certains excès de zèle », explique Christophe Migeon. Comme un barrage allait engloutir ces vestiges archéologiques, on crut bon de les conserver in situ, conformément aux recommandations officielles stipulées par l’article 8 de la charte internationale de Venise : « Les éléments de sculpture, de peinture ou de décoration qui font partie intégrante du monument ne peuvent en être séparés que lorsque cette mesure est la seule susceptible d’assurer leur conservation. » On recouvrit donc ces chefs d’œuvre en péril d’un enduit « protecteur » à base de briques concassées et de chaux. À la faveur d’une baisse ultérieure du niveau de l’eau, on put « constater l’efficacité de cette lumineuse idée », écrit par antiphrase Christophe Migeon. Autrement dit, le résultat désastreux de cette stratégie à vocation « salvatrice » : « L’enduit s’est désagrégé (en quelques années) ; peintures et pavements de mosaïques ont disparu, laissant la structure des murs de moellons à nu ! La ‘‘Pompéi du Proche-Orient’’ n’aura pas survécu à un souci d’éthique bien peu pertinent… »

Souviens-toi de m’oublier !

Palais des festivals (Cannes)Palais des festivals et des congrès (Cannes)

Président du Festival de Cannes, Gilles Jacob est aussi, apparemment, un grand amateur de paradoxes, comme le montre cette capture d’écran concernant son activité sur Twitter :

Gilles Jacob sur Twitter

« Quand je tweete, je déteste m’égarer dans des digressions qui ne mènent nulle part. Ah ! À propos… »
« Il comprit qu’elle était partie pour de bon en découvrant, collé sur la porte du frigidaire, un mémo où elle avait inscrit : ‘‘Oublie-moi !’’ »

Je mens : suis-je dans le vrai ?

Lynda CarterL’actrice Lynda Carter incarnant la super-héroïne de bande dessinée, Wonder Woman, vers 1975. Source de l’illustration : site http://loyalkng.com/2008/12/18/lynda-carter-sexiest-wonder-woman-ever-fanboys-wishes-they-could-get-lassoed-by-her/

Épiménide ! Que ce Crétois menteur ait existé ou non, il demeure associé au paradoxe fondateur : « Je mens ». Apparemment anodin, cet aveu ouvre un maelström vertigineux, une oscillation infinie : si je mens, alors même cet aveu de mensonge est faux, donc je ne mens pas, donc je dis vrai, donc je mens, etc. Mention dans l’Épître de saint Paul à Tite, où Tite se trouve chargé d’organiser les églises de Crète : « L’un d’entre eux, leur propre prophète, dit que les Crétois sont toujours des menteurs… Aussi dois-tu les reprendre vertement afin qu’ils aient une foi saine et ne s’attachent pas à des fables et des injonctions venues d’hommes qui se détournent de la vérité » (Tite 1, 12-13). Thème inépuisable ! En voici deux versions insolites :
–Que devient le nez de Pinocchio si l’intéressé avoue ‘‘Je mens’’ ?
–Que doit dire Épiménide-le-Crétois-toujours-menteur si
Wonder Woman l’enserre dans son lasso de vérité ?

Du paradoxe partout, parfois même dans l’auto-contradiction

Mariage de Sacha Guitry et Yvonne Printemps (1919)Mariage de Sacha Guitry et Yvonne Printemps (1919)
L’humour paradoxal peut assimiler la règle à l’exception, en un retournement d’évidence : « Il y a des fous partout, parfois même dans les asiles » (G. B Shaw) ; « Toutes les femmes sont des comédiennes, à part quelques actrices » (Sacha Guitry). Du même auteur, cet « idéal » difficile : « Les femmes sont faites pour être mariées, et les hommes pour être célibataires ! »

Intégration sociale par le (pré)nom

JaniszewskiTimbre polonais célébrant le mathématicien Zygmunt Janiszewski (1888-1920), alias Wickerkiewcicz !
Évoquant une étude du sociologue Baptiste Coulmont, Vincent Vantighem rapporte dans le quotidien 20 minutes (30/05/2012) la mésaventure survenue à un couple de migrants d’origine asiatique : pour « favoriser son intégration » en France, c’est-à-dire se fondre en somme dans la masse, ce qui revient à s’identifier au (mythique) « Français moyen », ces nouveaux arrivants, également nouveaux parents, ont cru bon d’appeler leur fils… Napoléon ! Le mieux est certes l’ennemi du bien… Dans le même esprit, voulant « normaliser » son nom que les gens écorchaient souvent, le mathématicien polonais Zygmunt Janiszewski (1888-1920) prit pour pseudonyme… Wickerkiewcicz ! Mais cette attitude n’est peut-être pas aussi paradoxale qu’elle le semble a priori, à nos yeux (et oreilles) ne maîtrisant pas la langue polonaise : après tout, un Polonais peut avoir moins de mal à orthographier « Wickerkiewcicz » que « Janiszewski. » Des Polonais trouvent-ils réellement, comme nous, ces deux noms aussi compliqués ? Ce qui soulève une question plus générale : comment apprécier réellement un phénomène, sans connaître aussi la culture à laquelle il se rattache ?

Le parti du rire

Coluche (film d’Antoine de Caunes, 2008) Arrêter de rire pour arrêter la politique
Le boomerang est à la rhétorique ce qu’une glace est à la lumière : un miroir ! Due à Coluche, cette symétrie piquante illustre l’affiche du
film homonyme  d’Antoine de Caunes : « J’arrêterai de faire de la politique le jour où les hommes politiques arrêteront de nous faire rire ». Pourrait-il alors exister une politique du (parti d’en) rire ?

S’assurer contre les assurances

OuroborosUn recours en forme de boomerang !
Mise en garde, lue au hasard des blogs : «  Si comme moi vous avez été abusé par telle compagnie d’assurance vous proposant une assistance juridique bidon en cas de problème, écrivez-moi (à cet e-mail). Réunissons-nous pour nous défendre. » Lors de cette démarche, les participants devront-ils alors recourir au service de leur assurance, pour s’assurer d’une assistance juridique ?