La fin de la fin des temps?

Expo quai Branly_Mayas_révélation d'un temps sans fin

Cette affiche pour l’exposition consacrée aux Mayas (Musée du Quai Branly, à Paris) précise: “Révélation d’un temps sans fin.” Mais comme la fin de cette manifestation culturelle approche, elle est désormais barrée de l’inscription “Derniers jours.” En fait de “temps sans fin”, il faudra encore… attendre!

Art maya (photo Marie-Christine Renard)

Vision est mère de sûreté

« Y voir plus clair, c’est accorder sa confiance les yeux fermés » (Campagne d’affichage Certification NF Logement). Que serait donc la publicité sans l’apport de la communication paradoxale?

Qualité-logement

Ubiquité

Vol London City Airways (London City Airport)_1988Vol London City Airways (London City Airport) en 1988 (source Wikipedia)

Spécialisée en transport logistique, la société DHL avait au début des années 1990 ce slogan évoquant l’ubiquité : “Ça arrive au moment même où ça part!” Et peu avant sa fermeture, la compagnie aérienne britannique London City Airways (jouait sur l’existence du décalage horaire et d’autres avantages (atterrissage près de Londres, simplification des formalités, possibilité de réserver un taxi depuis l’avion) pour affirmer, dans un autre slogan : “Maintenant vous gagnez une heure et quart sur un vol d’une heure et quart.”

Slogan chic, affiche choc

Les publicitaires aiment les paradoxes, car ils contribuent à retenir l’attention de la cible. Deux exemples récents, venus du monde des médias:

1°) Présentée sur le site de Jean-Marc Morandini, cette campagne d’affichage pour D8, “la nouvelle grande chaîne” au slogan-choc “Divertir ou périr”:

Affiche publicitaire D8 Affiche publicitaire D8_Guy Lagache

Par la magie de la polysémie, Guy Lagache promet ainsi de “parler d’économie sans faire d’économies” et on “jure de ne pas respecter la loi pour (mieux) la faire respecter.”

2°)Autre affiche paradoxale, celle présentant l’humoriste et imitateur Nicolas Canteloup pour Europe 1:

Nicolas Canteloup_Europe 1

À bas /Vive Houellebecq !

Les particules élémentaires À bas Vive Houellebecq !

Plus on recherche des exemples de soutien de l’adversaire, et plus on en découvre! Exemple supplémentaire dans l’article sur Michel Houellebecq, dans Wikipédia : « En 1998, son roman Les Particules élémentaires provoque un tapage médiatique, dû en partie à l’exclusion de son auteur de la Revue perpendiculaire à laquelle il appartenait, pour incompatibilité d’idées. Le comité de rédaction de la revue publie dans Le Monde une tribune attaquant Houellebecq sur ses idées sociales et politiques présumées. Cette polémique est largement exploitée par l’éditeur Flammarion qui cesse de financer la revue en question. Perpendiculaire cesse de paraître et Houellebecq bénéficie d’un surcroît de visibilité. »

Et Pompidou lance Séguéla!

Ne dites pas à ma mère...Un publicitaire sachant choquer doit savoir choquer sans sa mère


Jacques Séguéla, ce célèbre « fils de pub » a gagné son ticket d’entrée pour La Galaxie des paradoxes en expliquant (lors de son passage à l’émission de France 2, Panique dans l’oreillette, le 3-03-2010) qu’il lui arrive de « ne pas être de son propre avis » et en rappelant (à propos du travail des publicitaires) ce mot de Jean Cocteau (lui-même artiste) : « L’art est un mensonge qui dit la vérité. » Mais Séguéla rapporte aussi une anecdote qui fait rétrospectivement frémir sur l’état de la démocratie en France, vers 1970, et apprécier, a contrario, le chemin parcouru depuis. En effet, alors qu’il devait réaliser une pub pour les moteurs de bateau Mercury, Séguéla a eu l’idée de créer (comme on ne disait pas encore à l’époque) le buzz, en se servant de l’image du Président Georges Pompidou sur un bateau. Deux versions ensuite :
–Celle de Pascale Robert-Diard, dans son blog de chroniques judiciaires : Pompidou saisit en référé le tribunal de grande instance de Paris, pour demander l’interdiction de la mise en vente de L’Express où devait paraître cette publicité utilisant l’image du Président sans son accord.
–Et la version narrée par Séguéla dans cette émission, beaucoup plus inquiétante sur les pratiques d’antan : pour complaire à son épouse (furieuse de découvrir cette pub en avant-première), le président « outragé » aurait téléphoné sur-le-champ au patron du journal, Jean-Jacques Servan-Schreiber, pour lui signifier la censure de ce numéro ! Et Séguéla aurait alors arraché lui-même (avec l’aide d’amis) les pages incriminées de chacun des quelque 400 000 exemplaires de L’Express mis ainsi à l’index…

Quoi qu’il en soit, Pompidou vient de mettre en selle le jeune Séguéla : en le censurant, il accroît sa notoriété dans des proportions inespérées. C’est le paradoxe du soutien de l’adversaire : sans cette opposition d’un puissant, le travail de notre pseudo « pianiste dans un bordel » serait resté probablement confidentiel ! Car rien ne vaut, en pub, le battage (donc le soutien en termes d’audience et de notoriété) venu de l’adversaire : la censure illustre ce qu’elle est censée étouffer !

Défense de jeter !

Où croyez-vous que j’ai trouvé cette publicité dont j’ai scanné le verso si menaçant, mais attendant sagement son entrée dans La Galaxie des paradoxes ?… Sur la voie publique, bien sûr !
Défense de jeter!