Paradoxes variés

Dessin de Voutch sur la dictature des marchés Dessin de Voutch sur la dictature des marchés

« Qui n’a jamais menti ? Soyons honnêtes ! » (Confession collective des émules d’Épiménide)
Quitte à se suicider, autant le faire le jour de sa mort : si on connaissait le jour de sa mort, plutôt se suicider la veille ou le lendemain !
Propos d’un chef d’entreprise à ses collaborateurs : « Les marchés sont persuadés que nous préparons un plan social de 15000 personnes et nous ne pouvons absolument pas nous permettre de les décevoir. Or nous ne sommes que 13500 : il va donc falloir embaucher ! » (Voutch)
« Ils sont, en quelque sorte, suspects d’être suspects, n’est-il pas vrai, Éminence ? » (in Vatican 2000, roman de science-fiction de Christopher Stork)
« Il y a 10 types de personnes dans le monde, ceux qui comprennent le binaire et les autres… »

1 0 Il y a 10 types d’individus : le type 0 et le type 1.  

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Oh my gode!

Sex-toy pouvant contenir les cendres de l'être aimé (Source: 20 Minutes.fr)

Mark Sturkenboom, designer hollandais, propose aux veuves éplorées de concilier l’amour du cher disparu avec celui du sexe en “self service”. Paradoxale collusion des contraires, cette conjonction insolite entre la mort et le sexe (donc la vie, puisqu’il en constitue un contexte sine qua non) est possible grâce à un… sextoy pouvant contenir les cendres de l’être aimé! Las! L’article de 20 Minutes précise que la législation française interdirait de “conserver les cendres d’un défunt à son domicile”. De quoi contrarier le marché dudit substitut phallique au beau pays de France, pourtant si renommé pour son entendement certain des “choses de l’amour”…

Charlie’s angels: soyons tous Lassana Bathily!

Dessin de Lucille Clerc relayé sur son compte Twitter par Banksy_Charlie Hebdo [Dessin de Lucille Clerc relayé sur son compte Twitter par Banksy]

    Au-delà de l’émotion suscitée par la mort des caricaturistes de Charlie Hebdo lors de ce “11 Septembre culturel” en France, on peut soulever un paradoxe qui n’aurait sans doute pas manqué d’amuser bigrement les intéressés. Malgré leur vie vouée à un discours toujours impertinent et iconoclaste, et leur rejet de tous les « systèmes » (sauf peut-être le « système D, D comme débrouille-toi, D comme démerde-toi », comme le chantait Philippe Clay dans Mes universités), Wolinski et ses camarades ont eu le droit à ce qu’ils auraient certainement abhorré le plus, une « récupération » institutionnelle ! Des chefs d’état, des hommes politiques « sont Charlie », la cathédrale de Paris a sonné le tocsin pour leur mort (alors que leur position anticléricale aurait suscité jadis l’excommunication !), la compagne de Charb suggère qu’ils « mériteraient d’être au Panthéon », un deuil national est décrété pour marquer l’émoi collectif, et c’est tout juste si des funérailles nationales ne sont pas proposées pour ces dessinateurs qui ne manquaient jamais une occasion de brocarder toutes les institutions, y compris l’église et l’état ! Franche rigolade assurée, pour ces anges de Charlie montés au paradis des dessinateurs (s’il existe)… Charlie devient même citoyen d’honneur de la ville de Paris, alors que l’esprit même de ce magazine, c’est au contraire de contester toute soumission à une quelconque autorité institutionnelle ! Et pour renforcer ce paradoxe du rapprochement des contraires par la mort, une phrase circule sur Internet : « Ils sont voulu tuer Charlie, mais ils l’ont rendu immortel ! » En effet, qui connaissait jusqu’alors Charlie Hebdo, au Brésil ou aux États-Unis (où des panneaux « Je suis Charlie » ont fleuri aussi) ? Mais en transformant dramatiquement cette marginalité des caricaturistes en notoriété mondiale, les assassins ont échoué dans ce qu’ils espéraient : « Ils voulaient nous faire taire, ils ont réussi seulement pendant une minute » relayent les internautes, par allusion à cette minute de silence demandée par le chef de l’état en mémoire de ces êtres qui faisaient pourtant de l’irrespect leur marque de fabrique ! Un autre paradoxe à méditer est celui de la « motivation » des assassins, prétendant agir pour « défendre le prophète », alors que le Coran, religion du livre, demande au contraire de respecter la vie : « Ne tuez la personne humaine qu’en toute justice, car Allah a déclarée la vie sacrée. » (Coran, VI, 151) ; « Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes. » (Coran, V, 32). Je pense que l’échec manifeste de l’intégration (dans l’exemple des trois terroristes) montre que, contrairement à ce que fait notre république laïque en expurgeant soigneusement de l’enseignement toute référence à des textes « sacrés », on devrait au contraire enseigner les morales tirées de ces textes ! Ces extraits de sourates du Coran prouvent que les terroristes déclarant « tuer au nom d’Allah » n’ont en fait rien à voir avec l’Islam. Comme dit Renaud dans sa célèbre chanson Manhattan-Kaboul : « Ceux-là ont-ils jamais lu le Coran ? » Ces citations sont le meilleur argument pour ne pas faire l’amalgame ! Et s’il fallait un autre argument pour rejeter cette « guerre des civilisations » dans laquelle les fanatiques voudraient nous plonger, rappelons le courage de Lassana Bathily, ce nouveau « Juste » musulman qui a sauvé des otages juifs au péril de sa propre vie ! Il y aurait un meilleur slogan que « Nous sommes tous Charlie », ce serait « Nous sommes tous des Juifs Musulmans. » Autre remarque : j’ai toujours pensé que l’idée des dessinateurs de Charlie de caricaturer le prophète était stupide, car ça n’apportait pas grand chose au plan de l’humour, mais ça jetait en revanche de l’huile sur le feu en alimentant le délire des extrémistes (qui n’avaient pas besoin de ce carburant supplémentaire pour nourrir leur rejet haineux de l’Occident « impie »). Comprendre la pensée de l’autre, si différent semble-t-il de nous a priori, est plus judicieux que railler ses convictions (religieuses ou autres). Mais la démocratie doit continuer à reposer sur ce paradoxe (évoqué par Voltaire lors de l’affaire Calas) consistant à tolérer même ce qu’on combat : « Je combattrai jusqu’au bout vos idées, et aussi pour que vous ayez le droit de les exprimer ! »